Où lancer sa start-up en Chine ?

[Pour MeetHarry&Co, 4 juin, Juliette Boulay]

Pour conquérir le marché chinois, il est vivement conseillé aux jeunes pousses d’y être présentes physiquement. Certes, mais sur un territoire plus grand que les Etats-Unis, un littoral développé de 14.500 kilomètres, six villes de plus de dix millions d’habitants et plusieurs autres en devenir, où faut-il s’installer ? Mode d’emploi.

Parier sur les zones économiques spéciales

Selon le lieu d’installation choisi, lancer son activité en Chine peut prendre jusqu’à six mois pour un étranger. Richard Bensberg, cofondateur et CEO de l’entreprise de fintech Remitsy partage son expérience entre Pékin et Shenzhen : « Se lancer dans la capitale a été beaucoup plus long et couteux qu’à Shenzhen, où nous allons bientôt emménager. » En tant que zone économique spéciale (ZES) et de libre échange, la ville voisine de Hong Kong offre en effet d’incomparables avantages aux entreprises étrangères. « Le processus d’immatriculation est bien plus facile, nous avons eu de la chance d’être acceptés ici ! ».

Mais la ville n’a pas été choisie au hasard : depuis 2010, elle accueille notamment l’industrie financière avec 60% des entreprises résidentes actives dans ce secteur, dont la branche Wechat Bank de Tencent et la filiale de paiement mobile Alipay d’Alibaba, pour lui donner une touche fintech.

A chaque ZES sa spécialisation : Zhuhai, en face de Shenzhen et frontière de Macau attire les entreprises des secteurs maritime, high-tech et biopharmacie et Xiamen, en face de Taiwan, est traditionnellement tourné vers l’industrie automobile, chimique et l’électronique.

Bulle high-tech ou quartier de centre-ville ?

Cependant, le gouvernement a beau investir des millions pour accélérer l’expansion économique de certaines zones, cela n’en fait pas forcément une destination attractive pour une entreprise étrangère. C’est du moins ce que les fondateurs de Remitsy ont ressenti en lançant leur start-up à Zhongguancun. Ce quartier du nord-ouest de Pékin qui se veut la nouvelle Silicon Valley Chinoise a fait l’objet d’un système de taxation préférentiel et de multiples investissements pour booster l’innovation tout au long des vingt dernières années.

Mais toute la bonne volonté gouvernementale ne suffit pas à faire naître l’esprit d’entrepreneuriat. Pour Richard, quelque chose manquait à Zhongguancun : « Je préfère travailler à Beixinqiao [dans le centre de Pékin, où sont situés les bureaux de Remitsy à l’heure actuelle] : c’est un réel espace de vie, avec des restaurants et des bars où boire un verre le soir. Ce n’est pas une bulle high-tech. »

Choisir le bon espace de coworking

Une fois le quartier déterminé, une start-up doit elle chercher un espace de coworking ? Même si certains considèrent qu’on y trouve plus d’idées de business que de solutions qui vont changer le monde, « ces lieux accélèrent réellement l’innovation », estime Richard en se remémorant les quelques mois que Remitsy a passé dans les bureaux de People Square, à Zhongguancun.

En ligne avec la politique d’innovation du gouvernement, les espaces de bureaux partagés se développent très vite au sein des villes chinoises surpeuplées. Entre 2008 et 2014, pas moins de 2.800 entreprises proposant des espaces de coworking ont vu le jour, rapporte Technode. Et Wework, l’un des plus gros acteurs du marché, vient de lever 430 millions de dollars auprès d’investisseurs chinois pour mieux entrer sur le prometteur marché asiatique.

Au vu de la hausse des prix de l’immobilier, de nouveaux modèles de partage ont même vu le jour, comme You+ International Youth Community, qui combine, dans le même immeuble, des appartements à un prix raisonnable pour les moins de quarante ans et un espace de coworking pour ceux qui ne peuvent pas louer de bureaux séparés (les locataires ne sont pas nécessairement des entrepreneurs). L’environnement de travail dépend ensuite du propriétaire de la structure : incubateur, promoteur immobilier ou opérateurs d’espaces communautaires.

Le challenge du recrutement

Au bout du compte, « le coût de lancement d’une entreprise à Pékin est raisonnable », estime Richard. Le vrai défi vient plus tard, quand la jeune pousse commence à grandir : « C’est pour le recrutement que nous avons eu le plus de difficultés ».

Remitsy cherchait des développeurs ayant les dernières connaissance en matière de code. « Les autodidactes qui sont plus courants en Europe qu’en Chine, font peut-être plus attention à maîtriser les derniers langages existant par rapport aux jeunes diplômés », regrette Richard. « Et le coût de recrutement d’un développeur en Chine n’est pas donné ! » explique qui a finalement décidé de se concentrer sur des développeurs basés au Royaume-Uni pour son premier recrutement.

Pour en savoir plus sur Remitsy : http://daxueconsulting.com/remitsy-revolutionize-international-payments-to-china/