Interview de Bjorn Stabell, entrepreneur norvégien à Pékin.

Bjorn Stabell (CEO d’Happylatte) : Pourquoi limiter notre business à la Chine quand on a Internet ?

Alors que le marché chinois du jeu en ligne atteint des records, le cofondateur d’Happylatte, start-up de jeux pour mobile basée à Pékin, a surtout su tirer profit de la Chine pour lancer un business à l’échelle internationale.

Cela fait plus de quinze ans que Bjorn Stabell, entrepreneur norvégien, est installé en Chine. Mais à l’image de son entreprise de jeux pour mobile Happylatte dont le titre phare High Noon s’est hissé en tête des classements dans une vingtaine de pays occidentaux, ses start-ups sont toujours résolument tournées vers l’Ouest. Pourtant, le marché chinois des jeux en ligne et sur mobile a de quoi séduire.

En 2015, il devenait le premier devant les Etats-Unis avec un chiffre d’affaires de 22,2 milliards de dollars. Mais pour Bjorn, il est plus intéressant d’utiliser la Chine comme levier pour atteindre le marché international. Rencontre.

En fondant Exoweb, votre première entreprise, vos clients sont internationaux. Pourquoi avoir choisi la Chine ?

Bjorn Stabell : Je suis arrivé à Pékin à la fin des années 1990, pour apprendre le chinois. J’ai aimé, j’ai décidé de rester et d’y cofonder une entreprise de développement de logiciels, juste au moment de l’éclatement de la bulle Internet. C’était peut-être maladroit au niveau timing, mais ça a marché : le faible coût de la main d’œuvre chinoise a permis à l’entreprise de se développer en interne, jusqu’à employer 90 personnes en 2006.

Aujourd’hui, vous bénéficiez toujours de ce faible coût du travail ? 

B. J. : Avec l’augmentation de la concurrence et des salaires, Exoweb a commencé à perdre en compétitivité au milieu des années 2000. C’est à ce moment là que Ken Wong et Michael Welch, mes cofondateurs, et moi avons pensé à créer nos propres produits plutôt que d’aider les grands clients à réaliser les leurs. Nous étions en 2008, c’était le début de l’aire des applications, l’App Store d’Apple enregistrait ses premiers succès… Créer un logiciel est long, fastidieux et coûteux. Grâce à certaines demandes de clients, nous avions de l’expérience dans la programmation traditionnelle pour mobile et savions à quel point cet écosystème était compliqué et chaotique. Mais réaliser des applications, nous savions faire. Surtout, la plateforme de vente et de distribution pour se lancer existait déjà.

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L’équipe d’Exoweb a saisi l’opportunité et c’est comme ça qu’est né Happylatte (et plus tard App Annie). [Bjorn Stabell a également participé à la création de l’analyste des données d’applications App Annie.]

Pourquoi avez-vous choisi le secteur des jeux sur mobile ?

B. J. : Nous avons tout simplement remarqué que ces applications étaient celles qui fonctionnaient le mieux sur l’App Store d’Apple à ce moment là. Nous sommes donc devenus des créateurs de jeux pour mobile, avec Pee Monkey en 2009 puis High Noon en 2010.

Paradoxalement, vous ne cherchez jamais à lancer des jeux pour la Chine…

B. J. : Nous avons toujours pensé global. Pourquoi limiter son business à la Chine quand la puissance d’Internet et des plateformes de téléchargement d’applications nous permettent de produire pour le Internet monde entier ? C’est également pour cette raison que nous avons cherché des investisseurs internationaux pour Happylatte et non pas par des partenaires chinois.

Qu’est-ce qui vous a incité à faire ce choix ?

B. J. : La culture business en Chine est très différente. Il est difficile pour un étranger de parvenir à nouer des relations professionnelles et commerciales pour s’en sortir dans un environnement très compétitif. Personnellement, je ne veux pas être confronté à la corruption par exemple. Surtout, dès qu’une entreprise grandit et réalise du chiffre, elle attire l’attention du gouvernement.

Enfin, il faut aussi faire attention à la concurrence locale : un produit qui fonctionne bien sur le marché chinois suscite immédiatement l’intérêt des concurrents. J’ai toujours été impressionné par la vitesse à laquelle les copies arrivent sur le marché, alors que nos produits sont encore en phase test.

Interview pour MeetHarry&Co, 30/03/16, Juliette Boulay.